Équipée matinale et misanthrope dans l’usine, humanité piteuse et galvaudée, fausse abondance, je porte, supporte et compare. Elle, tient et dirige le carrosse à pièce et à porte-douchette tueuse de caissières, encore et toujours vide, tant qu’on en aura le choix.
La voilà, ma limite. Comparer les prix entre deux camemberts d’origine France, au beau milieu d’un périphérique bondé pour carrosses métalliques, sans dorures ni équidés. Mes oreilles saturées par des chants de Noël, période orgasmique pour nos seigneurs et leurs vassaux, et absolue négation du bon sens pour tous les gueux.
..Il est né le divin enfant, jouer au.. Claquos sélectionné. Hue, demi-tour. Milieu du refrain, l’un des asservis coupe le chant. Un appel au micro tente de se faire entendre. Au dessus du brouhaha ambiant, Micheline et Josette taillent haut et fort leur bout de gras, créant ainsi l’engorgement près de la sortie sud, rayon chocolats festifs.
..mais avant de partir, il faudra bien te.. Plus loin, les rombières loin derrière, un simili-boulanger, tout aussi jeune que motivé, tente de vendre son pain à la criée. Lui, ô malheur, presque en rythme avec la musique, sait se faire écouter.
..rois des forêts, que j’aime ta.. Vins d’Alsace en promo! dans le carrosse, nous cataclopons jusqu’à une caisse bien humaine. A notre tour, je vide le contenu de son ventre, bouteille en premier, sur le tapis. Infatigable roulant. Elle, à l’avant, emballe nos achats après leurs passages entre les mains véritables de ce qui reste d’humain dans cette grosse machine.
..de neige et jour de l’an.. Prisonnier de la fin de ma mission, machine à payer à droite, barre de sécurité à gauche, carrosse devant ; mon déballage est terminé, je n’ai plus qu’à attendre qu’Elle finisse de composer. Le prix restera le même, ma lassitude ne se verra pas plus, je m’avachis donc derrière le coche. Dans mon dos, un autre carrosse, conduit par deux très jeunes filles. A son tour, il vient attendre qu’on lui ouvre le ventre.
..douce nuit quand il vient.. Rejetonnes parfaites des médias et du laisser-aller parental, gentilles petites putes à la coupe toutes deux eighties, il parait que cela revient à la mode. Leur attitude, agressive contre rien. Et parce qu’il n’y a rien, je retourne la tête sur le devant, dans mon coussin d’manteau. Elles piaillent dans une langue incompréhensible, mais qui est pourtant la mienne, leurs derniers ragots du collège. Je m’en rappelle. Elles n’oseront pas, illusoire foi en mon espèce. Dans le bas du dos, une secousse se fait sentir. Derrière, le rire. Cette fois-ci, je ne tends pas l’autre joue.
..Il est né le divin enfant, jouer au.. Le disque a déjà fait un tour. Pour la deuxième fois, ma tête se relève de son coussin, et pour la première, ma main vient se placer sur le carrosse d’un autre. Au bon moment, celui où leurs regards sont miens, d’un grand coup sec, je renvoi le carrosse à l’envoyeur, et en plein dans le ventre. Cris ; qu’elles seules entendent. Attendant eux aussi leurs libérations, les autres cochets ont depuis le début vu, entendu, et peut être même joui ne pas avoir été leurs cibles.
..mais avant de partir, il faudra bien te.. Je peux donc hurler aussi fort qu’il sera nécessaire, c’est l’un des intérêts d’avoir l’opinion de son côté. Malheur à elles ; les barbiz se défendent comme elles seules savent le faire ; elles ne sont les instigatrices de rien, et tout leur est dû. Sur le devant, Elle, a fini de payer. Tentant de calmer le jeu, on s’en fout de ses poufs, elle me ramène à la raison. Étrangler, c’est le mal. Laisser faire, c’est le bien. Sous le coup de la colère, il est bien souvent difficile de comprendre que l’inopportun n’est pas responsable de sa bêtise.
Triste époque. Triste Je, même pas détaché. Détaché ? J’aimerais. Blasé, je devrais l’être depuis longtemps. Vieux con, pas encore, mais cela viendra, et vite.
Crédit photo : R. Cingal (flickr)





